Mauvais Genre, 21 October - 20 December 2014

 

Une proposition de Laetitia Hecht et Samantha Barroero avec

Ghada Amer . Hans Bellmer . Gilles Berquet . Marie-Laure Dagoit . Daniel Darc . Pierre Denan . Braco Dimitrijevic . Noël Dolla . Jean Faucheur . Nicolas Fenouillat . Dominique Figarella . Laurent Friquet . Bernard Heidsieck . Just Jaeckin . Françoise Janicot . Susanne Junker . François Lagarde . Marianne Maric . Fred W. McDarrah . Pierre Molinier . Daido Moriyama . Olivier Mosset . Derek Ridgers . Bruno Rousseaud .  Ed Ruscha . Steve Schapiro . Stephen Shames . Winston Smith . Alberto Sorbelli . David Teboul & Guests

Communiqué de presse

Rimbaud, décidé à ne pas être sérieux à dix sept ans, se vit abandonné par ses amis sous prétexte de "mauvais goût". Il se radicalisera par une conduite déviante et une mise négligée : ce "mauvais genre" finira par révolutionner l’art poétique.  

L’artiste authentiquement novateur a toujours été attaqué sur le terrain du goût, censuré, mis à l’index au nom de la décence, de l’acceptable par une pensée dominante corsetée dans son "bon genre". Aveugle sur la réalité des pulsions qui la travaillent ou des lois qui la guident, la société préfère coller des étiquettes infamantes sur ce qui la dérange. L’artiste n’en a cure. Il travaille à la marge, investit à la frontière. Adepte de la destruction créatrice, il ouvre une brèche féconde qui, en autopsiant la société, la décille, lui intime de changer de langage. Comme en mathématique la dérivée d’une fonction indique, par un calculà la marge, le sens d’une courbe, l’artiste, dans sa dérive et sa marginalité, informe la société sur la direction qu’elle emprunte sans en avoir toujours conscience. Puis, la marge finit par devenir la norme en repoussant sans cesse les limites du mauvais genre.

Laetitia Hecht et Samantha Barroero ont aussi fait le choix d’exhumer le mauvais genre là où, parfois, on ne l’attend pas. Photographies, peintures ou collages ne cherchent pas à choquer mais à opérer des rapprochements inédits. Elles révèlent que le plus intime peut toucher à l’universel, que l’innocence du regard et la complicité de la lumière sacralisent certaines images et désamorcent les réactions de rejets.

Par exemple, le destin du rose, couleur de l’innocence et de la quiétude. Sa charge symbolique a semblé longtemps bien ancrée dans l’imaginaire collectif: panoplie sublimée de la petite fille, enveloppe épithéliale d’un organe sain (langue rose), signal éclatant d’une santé prospère (joues roses), affichage d’un sentimentalisme sucré (romans à l’eau de rose), existence idéalisée (La vie en rose). Puis, le rose est entré en dissidence pour se pervertiren une teinte hypocrite, cachant sa nature profonde de rouge "désaturé". Il s’est mis à signaler les plaisirs tarifés (téléphone rose), les polissonneries perverses (ballets roses), les voyages sous psychotrope (éléphants roses). Pourquoi le peintre ne l’arborerait-il pas comme le point d’orgue de son itinéraire créatif ? Pourquoi une telle monochromie ne serait pas l’aboutissement des sens interdits des aventures de l’art ? Cette démarche appartient aussi au mauvais genre car elle retourne comme un gant la vieille convention qui faisait d’une couleur, symbole de sérénité mièvre, l’avatar moisi de certitudes surannées.

En s’emparant à sa façon de l’expression artistique, le "mauvais genre" affronte aussi sans détour la question du langage dominant, ce mode de communication qui impose ses canons, nomme sans dire, désigne sans éclairer. Une telle emprise empêche l’échange authentique entre les individus, c’est à dire la symbiose, la communion. Pour Godard, par exemple, dire "Adieu au langage", c’est se désespérerde ne pouvoirdonner leur vrai sens aux mots. Ainsi la 3D ne révolutionne pas, comme on le prêche, la perception de l’espace, elle ne fait que donner du relief à la platitude. Le "mauvais genre", lui, cherche à pénétrer la réalité. Pour cela, il la regarde de biais, fait un pas de côté sous une lumière rasante, apte à saisir ce que le langage commun est impuissant à exprimer : la profondeur, l’émotion, le désir. De là, le sentiment que les images affichées par l’exposition adoptent l’angle de la perspective juste, celle qui suggère la signification profonde de ce qui est montré. Le mauvais genre revêt alors les oripeaux d’une salutaire salubrité.

Un coffret Mauvais genre en exemplaire limité sera édité en collaboration avec Les éditions derrière la salle de bains.

René Bonnell

Press release:

Rimbaud, having decided not to be serious at the age seventeen, found himself deserted by his friends under the pretext of bad taste. He went on to radicalise himself, his conduct becoming unruly and his appearance wild: this particular “mauvais genre” eventually revolutionized the art of poetry.

The truly innovative artist has always been attacked on the grounds of taste. He has been censored and marginalised in the name of what is deemed decent and acceptable by the dominant thought, restricted as it is by its “bon genre”. Blind to the reality of the drives that control it or the laws that rule it, society prefers to label whatever disrupts it as defamatory. The artist isn’t concerned by this. He works in the margins and invests in the frontiers. With his talent for creative destruction, he opens up a fertile rift which splits society open. He pins it to the autopsy table, forces it to open its eyes and to change its language. In mathematics, the derivative of a function shows the direction of a curve by the means of a margin calculation; in the same way the artist, his marginality, tells society which direction to take without us always realising it. Then, the margin ends up becoming the norm; the limits of the mauvais genre are always pushed further away.

Laetitia Hecht and Samantha Barroero have also chosen to unearth the mauvais genre, and sometimes in places where we would not expect to find it. These photographs, paintings and collages aren’t trying to shock, but to weave new connections. They show that the most intimate details can affect the whole, that an innocent look and complicity of light can give certain images a sacred quality and defuse their rejection.

For example, take pink – the colour of innocence and quiescence.  It would seem that its symbolic meaning has been deeply engrained in our collective imagination: the essential colour of little girls, the epithelial membrane of a healthy organ (a pink tongue), a glowing indication of prosperous health (rosy cheeks), a display of saccharine sentimentalism (romans à l’eau de rose) or our idealised existence (la vie en rose). But then, pink rebelled; it got perverted into a duplicitous colour and hid its deeper nature as a desaturated red. It started to connote paying for pleasure (téléphone rose), perverted waywardness (Ballets roses) or hallucinogenic trips (pink elephants). Why would the painter not display pink as the culmination of his creative mission? Would this use of a single colour not be the outcome of the prohibited ways in the wanderings of art? This is the same reasoning adopted by the mauvais genre; to make a colour which is conventionally a symbol of dull serenity into the faded expression of outdated certitudes.

By seizing onto this means of artistic expression, the “mauvais genre” directly confronts the issue of a dominant language; the mode of communication which imposes its norms, assigns names without speaking and makes reference without elaboration. Its supremacy blocks genuine exchange between individuals, meaning that it prevents symbiosis and communion. For Godard, for example, saying “adieu au langage” is to be at a loss to know how to give words a true meaning. In the same way, 3D does not revolutionise our perception of space as we are urged to believe, but only serves to give depth to flatness. The “mauvais genre” is seeking to penetrate reality. In order to do so, he must view it from an angle, take a step to the side and see it under indirect light so that he can capture what common language is powerless to express: depth, emotion and desire. This gives the feeling that the images displayed in the exhibition adopt the proper perspective: the one that suggests the profound significance of what is being shown. The mauvais genre appears then as a salutary salubrity.

Based on a proposition by Laetitia Hecht and Samantha Barroero, ADDICT Galerie will present the Mauvais genre exhibition from October, 21st to December, 20th. Throughout the course of the exhibition selected artists will offer performances, readings, talks, and screenings …“Samedi mauvais genre”. 

A limited edition Mauvais genre box is being produced in collaboration with Les éditions derrière la salle de bains.

www.addictgalerie.com